TL;DR
- →Un bon d'État est un titre de créance émis par le Royaume de Belgique. Vous prêtez à l'État, qui vous verse un coupon annuel fixe et rembourse 100 % du capital à l'échéance.
- →Émission de mars 2026 : 2,00 % brut à 1 an (1,40 % net) et 2,80 % brut à 8 ans (1,96 % net), précompte mobilier de 30 % retenu à la source.
- →Souscription gratuite via le SPF Finances (bonsdetat.be) ou via votre banque (parfois avec frais de garde 0,10 à 0,20 %/an).
- →Comparatif : sous 1 020 €/an d'intérêts, un compte épargne réglementé reste fiscalement plus avantageux. Au-delà, le bon d'État ou un ETF monétaire € deviennent compétitifs.
- →Profils gagnants : capital > 100 000 €, recherche d'un taux fixe long, refus du compte étranger ou de la complexité ETF.
- →Prochaine émission attendue : début juin 2026, conditions communiquées environ deux semaines avant l'ouverture des souscriptions.
Comment fonctionne un bon d'État belge ?
Un bon d'État (en néerlandais staatsbon) est un titre de créance émis par le Royaume de Belgique via l'Agence Fédérale de la Dette. Concrètement, vous prêtez de l'argent à l'État belge en échange d'un coupon annuel fixe et du remboursement intégral de votre capital à l'échéance. Le bon est nominatif et intransmissible avant échéance — sauf revente sur le marché secondaire d'Euronext Brussels.
Trois éléments à retenir avant tout achat. Premièrement, le coupon est fixe : il est verrouillé pour toute la durée de vie du titre, contrairement au taux d'un compte d'épargne qui bouge à tout moment. Deuxièmement, l'État belge émet désormais quatre fois par an (début mars, juin, septembre et décembre) depuis 2024, ce qui vous laisse plusieurs fenêtres de souscription chaque année. Troisièmement, le montant minimum est de 100 € et l'achat se fait par tranches du même montant, ce qui rend le produit accessible.
L'émission de mars 2026 en détail
Le 4 mars 2026, l'État belge a émis deux nouveaux bons d'État, souscrits du 23 février au 3 mars 2026 (jusqu'au 2 mars via les Grands-Livres rattachés au SPF Finances). Voici les deux titres proposés :
Bon d'État 1 an
2,00 % brut
soit 1,40 % net après précompte mobilier
Échéance : 4 mars 2027
ISIN : BE3871310400
Verrouille un taux pour 12 mois — alternative au compte à terme.
Bon d'État 8 ans
2,80 % brut/an
soit 1,96 % net/an après précompte mobilier
Échéance : 4 mars 2034
ISIN : BE3871311416
Protège contre une baisse future des taux. 8 coupons annuels.
Le coupon de 2 % à 1 an se compare à un compte d'épargne réglementé belge moyen, qui plafonne aujourd'hui autour de 0,8 à 1,5 % chez les grandes banques (taux de base + prime de fidélité combinés). Le bon à 8 ans, lui, joue sur l'effet de duration : si la BCE baisse ses taux directeurs dans les prochaines années, vous conservez un coupon de 2,80 % brut jusqu'en 2034.
Prochaine émission attendue : début juin 2026. Les conditions exactes (maturités proposées et coupons) sont communiquées environ deux semaines avant l'ouverture des souscriptions, sur debtagency.be et bonsdetat.be.
Comment souscrire : les deux canaux
Canal 1 — Le SPF Finances (gratuit)
Via le service des Grands-Livres rattaché au SPF Finances, vous pouvez ouvrir un compte-titres dédié aux bons d'État sur bonsdetat.be. L'ouverture se fait via itsme. Aucun frais : ni à l'ouverture, ni de garde annuelle, ni au remboursement. Le coupon et le capital sont automatiquement versés sur votre compte bancaire de référence aux échéances.
C'est l'option la plus économique. Inconvénient mineur : il faut souscrire pendant la fenêtre primaire (10 jours environ) ; après, vous devrez passer par votre banque ou un courtier pour acheter sur le marché secondaire.
Canal 2 — Votre banque
Toutes les grandes banques belges proposent les bons d'État : KBC, Belfius, BNP Paribas Fortis, ING, Argenta, vdk, Crelan, Beobank, Deutsche Bank, MeDirect, Keytrade Bank… Avantage : interface familière, intégration au compte-titres existant. Inconvénient : la plupart facturent des frais de garde (souvent 0,10 à 0,20 %/an) qui réduisent un rendement déjà modeste. Vérifiez la grille tarifaire avant de signer.
Fiscalité belge des bons d'État
C'est le point le plus souvent mal compris. Les bons d'État ne bénéficient d'aucune exonération fiscale spécifique : l'épisode du précompte mobilier réduit à 15 % en septembre 2023 était une mesure exceptionnelle, votée ponctuellement par le ministre Vincent Van Peteghem pour stimuler la concurrence bancaire. Toutes les émissions suivantes sont revenues au précompte standard de 30 %.
Précompte mobilier sur le coupon
30 %, retenu à la source par votre banque ou par le SPF Finances. C'est une retenue libératoire — vous n'avez rien à déclarer en plus dans votre IPP.
TOB à la souscription primaire
0 %. Les bons d'État sont exonérés de taxe sur les opérations boursières quand vous les achetez directement à l'émission.
TOB sur le marché secondaire
0,12 % à l'achat et à la vente, plafonnée à 1 300 € par opération. Applicable si vous achetez ou revendez le bon en bourse après l'émission.
Plus-value à l'échéance
Aucune plus-value : le capital est remboursé exactement au prix nominal (100 €). Donc aucune taxe sur le capital remboursé à l'échéance.
Cas plus subtil : si vous revendez votre bon avant l'échéance sur le marché secondaire, vous pouvez réaliser une plus-value (si les taux ont baissé) ou une moins-value (si les taux ont monté). La plus-value d'un titre obligataire revendu par un particulier en gestion normale de patrimoine était traditionnellement exonérée d'impôt en Belgique. Avec l'introduction de la TCA (taxe sur les plus-values boursières) en 2026, vérifiez votre situation avec un comptable si vous tradez activement vos bons.
Bon d'État vs compte épargne vs ETF monétaire
Trois produits, trois logiques. Voici comment les départager selon votre situation.
| Critère | Bon d'État (mars 2026) | Compte épargne réglementé | ETF monétaire € |
|---|---|---|---|
| Rendement brut | 2,00 % fixe (1 an) / 2,80 % fixe (8 ans) | 0,50 à 2,00 % variable (taux de base + prime de fidélité) | ≈ 2,0 à 2,5 % suivant l'€STR (avril 2026) |
| Précompte mobilier | 30 % sur chaque coupon, retenu à la source | Exonéré jusqu'à 1 020 €/pers./an, puis 15 % sur l'excédent | 30 % sur la plus-value (taxe Reynders si ≥ 10 % obligations) + TCA éventuelle |
| Frais | 0 € via le SPF Finances ; 0,10-0,20 %/an de frais de garde possible en banque | 0 € | TER 0,07-0,15 %/an + frais broker (TOB 0,12 % à l'achat) |
| Liquidité | Fenêtre de souscription primaire, revente sur marché secondaire ensuite | Immédiate, sans pénalité | Immédiate sur les jours d'ouverture des bourses européennes |
| Protection du capital | Dette de l'État belge (Aa3 / AA-) — pas de garantie des dépôts | Garantie des dépôts 100 000 € / banque / déposant | Titres ségrégués (UCITS), pas de garantie d'État |
| Idéal pour | Verrouiller un taux fixe ; diversifier au-delà de 100 000 € en banque | Liquidités courantes, fonds d'urgence ≤ 50 000 € | Cash en attente d'investissement, profil un peu plus dynamique |
Verdict global. Pour des montants ≤ 50 000 € environ (qui génèrent moins de 1 020 € d'intérêts par an et par personne), un compte d'épargne réglementé reste fiscalement le plus avantageux grâce à l'exonération du précompte mobilier. Au-delà, le bon d'État devient compétitif — surtout sur la version 8 ans qui verrouille un taux. L'ETF monétaire (XEON, CSH2, ERNE) suit en temps réel les taux courts (€STR), ce qui le rend plus performant tant que les taux montent ou stagnent, mais moins protecteur en cas de baisse rapide des taux directeurs.
Pour qui les bons d'État sont-ils intéressants ?
Épargnant prudent dont le compte dépasse 100 000 €
Au-delà de 100 000 €, votre garantie des dépôts est saturée chez une seule banque. Le bon d'État permet de diversifier votre risque banque vers le risque souverain belge — sans pour autant ouvrir un deuxième compte épargne. C'est aussi une façon simple de lisser un capital reçu (héritage, vente immobilière, prime de départ) avant de l'allouer à plus long terme.
Investisseur qui veut figer un taux sur 8 ans
Le bon à 8 ans (1,96 % net) protège contre une baisse future des taux courts. Si la BCE baisse ses taux directeurs, votre coupon reste verrouillé jusqu'en 2034. C'est l'argument clé face à un compte épargne ou à un ETF monétaire — qui suivent au contraire les taux à la baisse.
Profil peu à l'aise avec les ETF et la fiscalité étrangère
Le bon d'État est un produit simple, passif, sans broker étranger, sans déclaration BNB ni taxe Reynders. L'achat via votre banque belge ou via le SPF Finances règle d'un coup la TOB (exonérée à la souscription primaire) et le précompte (retenu à la source). Idéal pour un parent ou grand-parent qui veut un placement visible et garanti.
Citoyen attaché à financer la dette publique belge
L'aspect symbolique n'est pas neutre : votre épargne finance directement le budget fédéral plutôt qu'un fonds international. C'est l'argument qui a porté les 21,9 milliards d'euros levés par le bon d'État Van Peteghem en septembre 2023 — un record européen pour une émission destinée aux particuliers.
Les trois risques à garder en tête
Risque de taux
Si les taux d'intérêt montent après votre souscription, votre bon perd de la valeur sur le marché secondaire. Pas un problème si vous le conservez jusqu'à l'échéance — vous récupérez 100 % du nominal — mais sensible si vous voulez le revendre avant.
Risque d'inflation
À 1,96 % net sur 8 ans, votre pouvoir d'achat ne progresse pas si l'inflation moyenne dépasse 2 %. La BCE cible 2 %, donc vous êtes proche du seuil de stagnation réelle. Sur le bon à 1 an (1,40 % net), le risque d'inflation négative est plus marqué.
Risque souverain belge
Aussi faible soit-il, le risque de défaut de l'État belge n'est pas nul. Le ratio dette publique sur PIB dépasse 105 % et fait l'objet d'une procédure de déficit excessif au niveau européen. La notation reste solide (Aa3 / AA-), mais inférieure à celle de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Pour des capitaux importants, diversifier vers d'autres dettes souveraines AAA via un ETF obligataire euro peut faire sens.